Quelques étapes clés de l’histoire des instituts séculiers depuis leur reconnaissance en 1947 à aujourd’hui, à travers le Magistère de l’Église.
AU COMMENCEMENT, PIE XII…
Par la Constitution apostolique Provida Mater Ecclesia (1947), le pape Pie XII reconnait une nouvelle forme de témoignage, qui s’était développée, surtout à partir des premières décennies du siècle dernier, parmi les laïcs catholiques particulièrement engagés.
Un an plus tard, le 12 mars 1948, par le motu proprio Primo feliciter, le même Pie XII a ajouté une précision importante. Alors que Provida Mater parlait simplement d’ « Instituts », le Pape énonce que l’identité spécifique de notre charisme vient du caractère séculier, défini comme la « raison d’être » des Instituts (Primo feliciter, 5). Il confère ainsi une pleine légitimité à cette forme vocationnelle de consécration dans le monde.
La même année (1948), une instruction romaine, Com Sanctissimus, précise les conditions de création et de reconnaissance des instituts séculiers pour les distinguer d’un côté des instituts religieux et de l’autre de simples associations de fidèles.
L’ÉTAPE DU CONCILE VATICAN II (1962-1965)
Deux textes du concile Vatican II font mention des instituts séculiers :
– Le décret Perfectae caritatis qui entérine la dimension séculière et souligne l’importance de la formation des membres
« Les Instituts séculiers, bien qu’ils ne soient pas des Instituts religieux, comportent cependant une profession véritable et complète des conseils évangéliques dans le monde, reconnue comme telle par l’Église. Cette profession confère une consécration à des hommes et à des femmes, à des laïcs et à des clercs vivant dans le monde. Par conséquent, il faut qu’ils tendent avant tout à se donner entièrement à Dieu dans la charité parfaite et que leurs Instituts gardent le caractère séculier qui leur est propre et spécifique afin de pouvoir exercer partout et efficacement l’apostolat dans le monde et comme du sein du monde, apostolat pour lequel ils ont été créés. »
Qu’ils sachent bien cependant qu’ils ne pourront accomplir cette tâche que si les membres reçoivent une solide formation dans les choses divines et humaines afin d’être vraiment dans le monde un levain pour la vigueur et l’accroissement du Corps du Christ. Que les Supérieurs veillent donc sérieusement à ce qu’une formation, surtout spirituelle, leur soit donnée et se poursuive ultérieurement.
– Le décret Ad Gentes (n° 40, §3), qui souligne leur contribution multiforme à l’apostolat :
Puisque sous l’inspiration du Saint-Esprit, s’accroissent de jour en jour dans l’Église les Instituts séculiers, leur aide, sous l’autorité de l’Évêque, peut être fructueuse dans les missions à des titres multiples, comme signe d’un don plénier à l’évangélisation du monde.
PAUL VI
« Une aile avancée de l’Église dans le monde »
Paul VI a fortement contribué à expliciter le charisme propre des instituts séculiers. Parmi les nombreux textes à ce sujet, on peut mentionner tout particulièrement le discours anniversaire des 25 ans de Provida Mater Ecclesia : « Si nous nous demandons quelle a été l’âme de chaque Institut séculier, ce qui a inspiré sa naissance, son développement, nous devons répondre: ce fut le besoin profond d’une synthèse; ce fut l’aspiration à l’affirmation simultanée de deux caractéristiques: 1) la pleine consécration de la vie selon les conseils évangéliques et 2) la pleine responsabilité d’une présence et d’une action transformante au-dedans du monde, pour le modeler, le perfectionner et le sanctifier.«
(…) à la différence des religieux, votre sécularité vous pousse à accentuer spécialement la relation avec le monde. Cette relation ne représente pas seulement une condition sociologique, un fait extérieur, mais bien une attitude: être présents dans le monde, se savoir responsables pour le servir, pour le configurer selon Dieu en un ordre plus juste et plus humain, pour le sanctifier du dedans.«
JEAN-PAUL II
« Une synthèse de la vie séculière et de la consécration qui vous est propre »
Jean-Paul II, dans Vita consecrata, n°10 (1996), reprend l’essentiel de l’enseignement de Paul VI :
» Par la synthèse de la vie séculière et de la consécration qui leur est propre, ils entendent introduire dans la société les énergies nouvelles du Règne du Christ, en cherchant à transfigurer le monde de l’intérieur par la force des Béatitudes. De cette façon, tandis que leur totale appartenance à Dieu les consacre pleinement à son service, leur activité dans les conditions laïques ordinaires aide, sous l’action de l’Esprit, à donner une âme évangélique aux réalités séculières. Les Instituts séculiers contribuent ainsi à assurer à l’Église, selon le caractère propre de chaque Institut, une présence efficace dans la société. »
» Les Instituts séculiers cléricaux exercent eux aussi une fonction très utile: des prêtres appartenant au presbyterium diocésain, même lorsque certains d’entre eux sont autorisés à être incardinés dans leur Institut, s’y consacrent au Christ par la pratique des conseils évangéliques selon un charisme spécifique. Ils trouvent dans les richesses spirituelles de l’Institut dont ils font partie une aide importante pour vivre intensément la spiritualité propre au sacerdoce et être ainsi des ferments de communion et de générosité apostolique parmi leurs confrères. »
BENOÎT XVI
« Ce qui fait de votre insertion dans les événements humains un lieu théologique est le mystère de l’Incarnation »
« Vous êtes ici, aujourd’hui, pour continuer à tracer ce parcours commencé il y a soixante ans, qui vous voit comme les détenteurs toujours plus passionnés, dans le Christ Jésus, du sens du monde et de l’histoire. Votre passion naît de la découverte de la beauté du Christ, de sa façon unique d’aimer, de rencontrer, de guérir la vie, de la rendre joyeuse, de la réconforter. Et telle est la beauté que vos vies veulent chanter, pour que votre présence dans le monde soit le signe de votre existence dans le Christ.
En effet, ce qui fait de votre insertion dans les événements humains un lieu théologique est le mystère de l’Incarnation (« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » – Jean 3, 16). L’œuvre de salut s’est accomplie non pas en opposition, mais dans et à travers l’histoire des hommes. »
Discours de Benoît XVI à la CMIS, 2007
FRANÇOIS
« Votre vocation est une vocation de frontière »
Le Pape François a enrichi à son tour, par plusieurs interventions, la compréhension du charisme des instituts séculiers, en particulier par les messages adressés à la Conférence mondiale des Instituts séculiers (CMIS) et aux conférences nationales.
» (…) Ne vous lassez pas de montrer le visage d’une Église qui a besoin de se redécouvrir en chemin avec tous, pour accueillir le monde avec toutes ses luttes et ses beautés. L’Église n’est pas un atelier pour se calmer et se reposer. L’Église est une mission. Ce n’est qu’ensemble que nous pouvons marcher comme peuple de Dieu, comme chercheurs de sens avec tous les hommes et les femmes de ce temps, comme gardiens de la joie d’une miséricorde faite chair dans nos vies. Ce parcours exige de délier les coutumes qui ne parlent plus à personne, de briser les schémas qui freinent l’annonce, de proposer des mots incarnés, capables d’atteindre la vie des gens parce qu’ils sont nourris par leur vie et non par des idées abstraites. » (François)
A noter également, en 2017, à l’occasion des 70 ans de Provida Mater (1947), la Congrégation pour les Instituts de Vie consacrée a rédigé un texte majeur, Consécration et sécularité, à l’intention de toutes les évêques de l’Église catholique pour rappeler la spécificité du charisme des instituts séculiers.
Pour aller plus loin, de nombreux documents sur les instituts séculiers sont disponibles sur le site de la Conférence Mondiale des Instituts Séculiers.

